Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 14:15

 

Castor Sagace va mourir. Sa jambe droite a doublé de volume, il a de la fièvre, il grelotte.

Allongé sur les galets, alors que la nuit tombe pour la troisième fois, le louveteau a mal. Poussé par la soif, il doit régulièrement se pencher sur le flanc et étendre le bras pour prendre un peu d'eau dans sa main. Ce qui le met au martyr. Tout mouvement est une souffrance.

La rivière coule juste là, à moins d'un mètre. Son clapotis incessant lui est devenu insupportable mais il n'ose pas allumer son transistor. Les piles sont presque mortes et il sait que lorsque le Royal 500 s'éteindra, il mourra lui aussi.

Il a compris désormais qu'il n'a rien à attendre de l'autre, là, tout près, qui l'observe sans mot dire.

 

Le premier jour, il a mangé les deux biscuits au chocolat et le chewing gum qu'il avait dans la poche de sa veste. Les biscuits étaient tout cassés à cause de la chute. Depuis, il a cent fois retourné la poche avec l'espoir d'y avoir oublié une miette ou deux, mais il a déjà râclé et frotté le tissu plus que de raison. Il n'y a plus rien, il a même mangé les bouloches. Alors il va chercher le chewing gum dans son autre poche et mâche à nouveau le bonbon caoutchouteux. Il n'a plus de goût depuis longtemps et il est devenu dur.

Son bel uniforme scout est plein de terre et déchiré par endroits. La nuit d'été est douce dans le Var, mais ici, sur la rive de cette petite rivière dans le massif d'Esterel, le garçon a tout de même un peu froid quand le jour s'enfuit. Il n'a que sa chemise et son short pour le protéger de l'humidité qui se lève au crépuscule. "On ne prend pas froid par les genoux" disait Baden-Powell. Il aimerait bien l'y voir, tiens...

Il a perdu son chapeau aussi, son quatre bosses. C'est son père qui lui avait donné. C'était le sien lorsqu'il était scout lui-même. Le garçon s'en veut de l'avoir perdu.

Son foulard est serré autour de son genou blessé. Il n'ose pas l'enlever. Sa jambe lui fait peur. Elle est énorme. Elle est violette.

 

Il a tout d'abord cru qu'on le retrouverait très vite. Ses compagnons de patrouille allaient donner l'alerte, les secours s'organiseraient. Il ne pouvait pas être allé très loin, malgré le feu.

Lorsqu'ils avaient compris que la forêt brûlait, ils avaient accéléré l'allure, juste un peu. Loup Solitaire, le Chef de Patrouille, un garçon réfléchi, ne voulait pas qu'ils se précipitent. Mais l'incendie les avait rattrapé et le vent avait soufflé cendres et fumée sur eux. Il avait fallu courir. En tant que Second de Patrouille, Castor Sagace fermait la marche afin de s'assurer que personne n'était laissé derrière. S'il n'était pas le plus jeune - il avait déjà dix ans -, il était par contre un peu petit pour son âge et il avait fini par se faire quelque peu distancer. Il courait en regardant par terre pour ne pas se prendre les pieds dans les racines et les branches tombées et, à un moment, il s'était retrouvé tout seul. Il avait appelé ses camarades mais leurs réponses lointaines et imprécises n'avaient pas su le guider. La lueur des flammes était partout. Pas encore sur lui mais toute proche.

Paniqué, il avait couru à l'aveuglette, il ne savait trop combien de temps, laissant finalement le feu derrière lui. Quand soudain, dans la pénombre qui était tombée sur le massif, le sol s'était dérobé sous ses pas harassés. La chute. La rude dégringolade sur le flanc d'un haut talus escarpé. Les branches d'un noisetier avait griffé son visage, des cailloux heurté douloureusement son dos et il s'était cassé les ongles en cherchant à se ralentir. Et puis son pied droit s'était coincé dans un pierrier. Emporté par la pente, il avait senti son genou tourner et craquer bizarrement. Seigneur Dieu, l'horrible douleur !

Son pied s'était dégagé de lui-même et le garçon avait lentement glissé jusqu'en bas, presque dans les eaux rapides de la petite rivière, à peine plus qu'un ru, qui coulait là.

 

Il sent qu'il a envie de faire pipi et se met à pleurer. Il va devoir bouger.

Tout doucement, suant et grimaçant, il bascule légèrement sur le côté et ouvre sa braguette. L'urine chaude coule et les cailloux l'avalent. Il rebascule sur le dos en haletant. Pour se donner du courage, il fredonne l'appel scout de sa voix d'enfant devenue rauque :

Sont-ils là les éclaireurs, sont-ils là ?

Et il attend la réponse :

Ils sont là les éclaireurs, ils sont là !

Mais rien ne vient, bien sûr. Castor Sagace doute que quelqu'un vienne jamais, maintenant. Ça fait trois jours. Il n'y a que l'autre, et celui-là ne fera rien.

Heureusement, il a son transistor. Un Zénith Royal 500B. Tout droit venu d'Amérique. Un cadeau de son père au retour d'un voyage d'affaires, au début de l'année. Tous ses copains le lui envient. Il est le seul à sa connaissance à posséder un poste à transistors, que ce soit à l'école, dans son quartier ou parmi les scouts. Le jeune garçon en est très fier et une partie non négligeable de son argent de poche passe en piles électriques. En juin dernier, avec ses copains, ils ont pu écouter le match de l'équipe de France de football en demi-finale de la Coupe du Monde. Les Français ont perdu mais c'était bien. Pelé a marqué trois buts !

Il aimerait bien que ce soit encore la Coupe du Monde. Ce serait plus gai que les événements à Alger et le retour du général de Gaulle. Sur Paris Inter - on dit France I, désormais - on ne parle que de ça et de la prochaine Vè République... Pas un mot sur l'incendie et la disparition d'un jeune scout de dix ans. Sinon, il y a le jeu des Cent mille francs par jour. Les questions sont très distrayantes et on apprend plein de choses. Castor Sagace aimait bien France IV, aussi, avant. Il y avait toujours de la musique. Mais la station de radio a été supprimée cette année. C'est regrettable.

La nuit, quand il est réveillé par le froid ou la douleur et qu'il a peur, seul dans les ténèbres, il écoute France I. C'est la seule station qui émette vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Lorsqu'il entend des bruits d'éclaboussures, des cris de bêtes, et que cela le réveille en sursaut, il tourne le petit bouton du volume jusqu'au clic libérateur et les voix s'élèvent, rassurantes. Il ne comprend pas tout ce qu'elles racontent mais ce n'est pas important. Il a moins peur, c'est tout.

Plusieurs fois, en entendant du bruit, il a cru que c'était les secours, qu'on l'avait retrouvé. Il a appelé, crié, malgré la douleur ; mais chaque fois, ce n'était qu'un animal, ou le vent, ou le craquement des arbres, ou un caillou rebondissant sur le talus. Maintenant, il ne crie plus au moindre son. Il évite de s'agiter. Il préfère écouter la radio. Souvent, il sort son Royal 500 de son étui en cuir ajouré et regarde le petit transistor rouge : les deux boutons du volume et de la fréquence - qui font à l'appareil des yeux de hibou -, le petit blason couronné avec le Z et le 500 stylisés, la grille ronde du haut-parleur. Il se demande bien comment les voix peuvent lui parvenir jusqu'ici. Il a vu l'antenne sur le Pic de l'Ours mais on lui a dit que c'était pour la télévision.

Le jeune scout tourne le bouton de la fréquence. Il aime écouter les grésillements et les crépitements de la bande passante. Il s'imagine que c'est le bruit des ondes, qu'elles lui causent. Il sait - mais où l'a-t-il appris ? - que les ondes radioélectriques sont des ondes électromagnétiques, qu'elles n'ont pas besoin de support - ni air, ni eau, ni rien – contrairement aux ondes accoustiques. Il sait qu'elles vont à la vitesse de la lumière, presque 300 000 km/s.

Il aime ce bruit de friture contre son oreille.

 

Et voilà que s'avance le quatrième jour.

La fièvre est plus forte. La douleur aussi. Le garçon pleure pour boire, pleure pour faire pipi, pleure parce qu'il s'est endormi en oubliant d'éteindre son Royal 500 et que les piles sont presque à sec... Il ne peut plus monter le volume, déjà. Les voix de France I sont très faibles à présent.

Castor Sagace sait qu'il va mourir. Le vent lui a porté une odeur de brûlé, ce qui veut dire que l'incendie doit se poursuivre. Personne, sans doute, ne le cherche davantage. On doit le croire mort.

Il pleure. Il appelle sa mère dans son délire.

Bien sûr, il y a l'autre, qui se cache, mais celui-là se contente de rôder autour du scout blessé comme un vautour. Au début, le garçon l'a appelé. Lorsqu'il a entendu son bruit, au matin du deuxième jour, ce bruit de frottement qui ne ressemblait à aucun autre son de la forêt, il a cru que c'était les secours, qu'il était sauvé. Il s'était mis à crier : "Je suis là ! Par ici ! Par ici !". Mais personne n'était arrivé et le bruit avait cessé. "Il y a quelqu'un ? avait-il alors demandé. Aidez-moi, s'il vous plaît, je suis blessé. Je suis scout, je me suis perdu dans l'incendie, je..." La douleur l'avait obligé à se taire et il s'était mis à pleurer.

Il voudrait se dire qu'il a rêvé, que c'est la fièvre, mais le bruit est toujours là, jamais bien loin. Il se fait entendre, de temps en temps, parfois accompagné d'un bourdonnement qui agace les oreilles. Mais le garçon a beau se dévisser le cou pour regarder autour de lui, il ne voit jamais rien ni personne. Parfois il demande à voix haute : "Pourquoi vous ne m'aidez pas ?... Dieu vous regarde, vous savez ? Il vous regarde et il vous juge..." Ou bien : "Qu'est-ce que vous voulez ? Hein ? Vous ne voyez pas que je vais mourir si vous ne faites rien ?"

Mais l'autre ne répond pas. Il ne répond jamais.

 

Le Royal 500 s'est tu. Tout à l'heure, Castor Sagace a rallumé son transistor et la voix de France I a murmuré quelque chose à propos d'Alger, avant de s'évanouir dans un triste grésillement. Le jeune garçon n'a même pas pleuré. Le soleil brille entre les branches des pins parasol, il fait chaud, il se sent bien. Il n'a plus mal. Il fredonne l'appel scout et rit tout seul. Il parle à la rivière, aux arbres, aux galets, à l'autre. Il s'est fait pipi dessus, c'était chaud et ça l'a fait rire.

Maintenant, il a sommeil. Il s'engourdit. C'est bon. Ses paupières se ferment. Il rêve qu'une voix sort de son transistor aux piles mortes.

Je n'ai pas le choix, tu sais.

C'est une voix bizarre, sans timbre précis, atone.

C'est moi qui ai allumé le feu. Et qui ai éloigné ceux qui te cherchaient.

Qu'est-ce qu'elle raconte ?

Je suis désolé.

Ça le fait rire, ça, cette drôle de voix bizarre qui dit qu'elle est désolée.

Je n'ai pas le choix.

Tu l'as déjà dit.

C'est nécessaire. Je suis désolé.

Un bref silence. Le transistor regarde le garçon mourant de ses yeux de hibou. Il vibre dans sa main lorsque la voix s'élève à nouveau.

Mais tu vivras. Tu vivras pour les tiens, je peux te l'assurer. Tout ce dont j'ai besoin pour ça, c'est de ton nom.

Castor Sagace se sent partir, glisser sur une pente irrésistible.

Ton nom. J'ai besoin de ton nom.

De ses lèvres craquelées, le garçon murmure :

"Charles Dubois. Je m'appelle Charles Dubois".

 

 

A suivre...

Par Raf
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 14:58

 

 

 

- En tous cas, c'est pas ton père. Ou alors il a bien changé.

Non, ce n'était pas Charles Dubois qui reposait là.

Ni même ses restes. Aucun processus de décomposition au monde ne pouvait prétendre expliquer ce qu'ils avaient sous les yeux. Cela avait approximativement la forme d'un cône, comme une carotte géante d'un mètre vingt, mais d'aspect gélatineux et de couleur parme veiné d'un fin réseau lilas. Une carotte malade.

La partie haute, la plus large, à la tête du cercueil, paraissait dépourvue de toute forme d'organes, à l'exception peut-être de vagues protubérances grumeleuses rassemblées en grappes inégales et qui semblaient réparties au hasard, sans ordre ni symétrie apparente. La partie inférieure de la chose, en revanche, la moitié effilé du cône, était toute barbue de fines "racines" espacées en lignes parallèles autour du "tronc". Ces étranges racines ? tentacules ? filaments ? barbules ? étaient toutes de section cylindrique et d'égal diamètre, environ un centimètre, mais différaient beaucoup par la longueur. Certaines étaient longues comme une queue de marsupilami, d'autres pas plus grandes que le petit doigt d'un yakuza. C'était cette étrange barbe et la forme générale de la chose qui faisait penser à une carotte.

Léo tendit la main.

- Attention !

Il la retira au cri de GB.

- Quoi ?

- Tu ne vas pas le toucher tout de même ? Ca a peut-être des maladies. Ou bien c'est acide comme dans Alien !

Léo tendit à nouveau la main.

- Je t'aurai prévenu...

Les doigts de Léo effleurèrent brièvement la surface pâle de la chose. Rien de fâcheux ne survint et il la toucha plus franchement. C'était froid, légèrement humide et glissant.

- Ben alors quoi ?... C'est vraiment mort ?

GB semblait déçu que Léo n'ait pas rencontré quelque sort terrible et définitif.

- Je ne sens ni pouls ni respiration, rien.

Léo parcourut le tronc en thanatopracteur, le palpant doucement des paumes.

- C'est dur comme de la pierre.

- Rigidité cadavérique ?

Carole était à nouveau là, près d'eux. Bravement, elle détaillait la chose dans le cercueil.

- On dirait bien, répondit Léo.

GB, se penchant, frotta une des barbules entre ses doigts. La fine tige mauve se brisa net.

- GB !

- Oups.

L'air penaud, le hacker lâcha la petite racine brisée qui dégringola sur le drap mortuaire avec un son cristallin.

- Eh ben, euh... J'espère qu'il est bien mort...

- Putain, GB, tu peux pas faire gaffe, non ?

- Ho, hé... Si ça se trouve, c'est rien qu'un gros légume extra-terrestre. T'es peut-être en train d'ausculter un radis de l'espace...

- Ouais. Et les E.T. ils rangent leurs radis dans des boîtes en bois qu'ils enterrent dans nos cimetières...

- Ben, ouais, peut-être bien, madame ! Question de conservation, ha !

- Carole ? Tu as toujours ton appareil photo dans ta voiture ?

- Oui, je crois.

- Tu veux bien aller le chercher ?

- Il faut que je passe le mur ici, alors. Je n'y arriverai pas seule.

- Ok. Ramène Georges, si tu peux.

Cinq minutes plus tard, Georges était là et vomissait sur le tas de terre déblayée.

- ¡ Puta !

Il vomit derechef.

- ¡ Puta !

Il leva les yeux, regarda chacun de ses trois amis, revint à la carotte.

- ¡ Puta !

- Ça secoue, c'est sûr.

- ¡ Puta !

- Oui bon, ça va...

- Mais qu'est-ce que c'est ce truc, puta !

Seuls les flashs lui répondirent. Léo photographiait la scène sous toutes les coutures.

- Vous pouvez la soulever un peu ?

- Je touche pas ça, moi, no... no, no... no quiero, no... no...

Il secouait la tête frénétiquement.

- Je voudrais pas la casser, dit GB, boudeur.

- Ouais, bon, tu as peut-être raison. Une dernière photo et on remballe.

- Quoi, tu vas tout ré-enterrer et basta ?

- On va juste prendre le petit morceau pété.

Il joignit le geste à la parole.

- Tiens, qu'est-ce que... ? Regardez un peu ça.

Léo leva la main devant leurs quatre visages. Entre le pouce et l'index, une pièce de puzzle prise au fond du cercueil.

Mais Carole les autres restaient fixés sur la chose.

- C'est n'importe quoi, Léo. Il faut téléphoner la police.

Georges avait sorti son portable.

- Non, non, non ! Si Oncle Simon a pris tant de précautions pour nous guider jusqu'ici dans le plus grand secret, il y a sans doute une bonne raison ! Ameuter la foule ne me paraît pas du tout une bonne idée. Et il a dit : méfie-toi de tout le monde...

- Je ne peux pas croire que tu veux simplement tout enfouir et faire comme si de rien n'était.

- C'est pas ça, Carole. Ecoutez, il sera toujours temps de tout révéler si nécessaire. En attendant, ça nous fait un atout dans notre manche. Enfin, c'est comme ça que je vois les choses, là, à brûle-pourpoint. Et puis j'ai besoin de temps, bordel, c'est un truc de malade, cette histoire ! J'ai besoin de réfléchir !

Personne ne trouva rien à redire. Ils étaient tous sous le choc.

A ce jeu, c'était encore Léo qui s'en sortait le mieux, d'ailleurs. Certes, il avait réellement besoin de penser sereinement la suite des événements, ainsi qu'il l'avait dit, mais il découvrait avec une certaine stupeur amusée qu'il n'avait aucun mal à accepter ce qu'il lui arrivait. Et tandis qu'ils rebouchaient la tombe après avoir sommairement refermé la bière, inhumant par là même le vomi de Georges, seule trace de leur passage, le jeune homme remerciait intérieurement Oncle Simon et ses contes à dormir debout. Il se prit même à croire que le vieux juif l'avait fait exprès. Toutes les fariboles dont il l'avait nourri toutes ces années, n'avaient-elles pas pour but, en définitive, de l'accoutumer à l'invraisemblable, de le préparer à cette nuit irréelle ? De sorte que la carotte violette venait se loger dans le grenier de son esprit sans trop de heurt, gentiment, parmi tout un bric-à-brac si farfelu, déjà, qu'elle y prenait tout naturellement sa place.

GB, Georges et Carole n'avaient pas cette chance. Ils titubaient dans les allées du cimetière, hagards, bredouillants des putaputaputa,  des c'est-pas-possible-c'est-pas-possible et des un-alien-crevé-bon-dieu-c'est-trop-cool-la-CIA-va-halluciner-on-vendra-les-photos-sur-ebay-les-filles-seront-toutes-dingues-les-filles-aiment-les-types-qui-ont-un-alien-crevé-les-types-qui-bossent-pour-la-CIA-ça-le-fait-trop-il-faudra-que-j'écrive-un-bouquin-j'irai-chez-Drucker-non-Drucker-c'est-ringard-j'irai-chez-Delarue-relooking-extrême-pour-alien-crevé-l'homme-qui-a-établi-le-premier-contact-et-les-aliens-vont-venir-ouais-et-moi-je-partirai-dans-leur-vaisseau-ouais-ambassadeur-de-la-Terre-putain-trop-cool-un-alien-crevé-etc.

 

Ils repassèrent le mur tant bien que mal, Léo les poussa vers la voiture et prit le volant.

Sur la route, l'autre pensée qui le taraudait depuis qu'ils avaient ouvert le cercueil se mit à tourner dans sa tête comme un cercle de feu, comme l'anneau unique dans l'esprit éreinté de Frodon, aurait sans doute dit GB.

Si cette chose occupe la tombe de mon père... alors où est-il, lui ?

 

A suivre...

Par Raf
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Dimanche 17 octobre 2010 7 17 /10 /Oct /2010 15:46

 

- J'avais dit que c'était haut.

Ils étaient passés chez Carole prendre un peu de matériel. Elle avait insisté pour emporter une petite échelle mais Léo avait jugé que c'était inutile. A présent, sous le mur du cimetière, dans la nuit noire, il avait un doute.

- Ok, vas-y, GB. Fais-moi la courte...

- Ouais, attends... C'est bon, on peut y aller.

Le futur agent de la CIA s'était placé dos au mur, ses mains entrelacées tendue aux pieds de Léo.

- Ok, tiens bien. Voilà, pousse. Pousse, bordel ! Aide-le, Georges !

- Ah mais je veux pas me salir mon veste, moi !

- Vous allez vous casser la gueule...

Carole jouait nonchalamment avec la lampe torche, n'éclairant la scène que par intermittences.

- Aïe ! Putain, Léo, fais gaffe où tu mets tes semelles !

- Excuse, GB, si tu crois que c'est commode... Ah, j'y suis ! Non, merde, ça glisse ! Je vais me péter la... !

Il y eut une dégringolade désordonnée dans l'obscurité, des râles et des sifflements de douleur. Léo était retombé sur le French Hacker.

- Ouf ! La vache ! Merci, GB, j'aurais pu me faire hyper mal.

- P... Pas de quoi... je suis heureux d'être le seul à souffrir... La prochaine fois, tâche juste d'éviter mes couilles...

Carole ricana.

- Bah ! C'est déjà miracle qu'il les ait eues. Il faut au moins un accident...

Georges soupira pour la millième fois. Tout cela était trop pour lui.

- Pourquoi tu demandes pas le droit de simplement désenterrer ton père, Léo ?

- Trop long. Carole, passe la lampe à GB et viens me faire la courte échelle, toi...

- Euh...

Après quelques efforts, Léo parvint à se percher sur l'arête du mur. Carole hissa ensuite GB et Georges leur passa les outils qu'ils laissèrent tomber dans l'herbe de l'autre côté. Puis ils suivirent tous les trois.

Au moment de sauter, Léo se pencha sur Georges pour lui chuchoter :

- Sûr ?

- Je ne suis pas fou.

- Moi non plus.

- Non. Tu es ivre. Et con.

Léo disparut derrière le mur et Georges secoua la tête. Tout cela était trop pour lui, définitivement.

 

Le cimetière était une flaque d'encre.

Les stèles ne se détachaient de la nuit que par les traits de lumière fugaces que déposaient sur elles deux vieux réverbères par-dessus le mur. Carole tenait la lampe braquée bas sur le sol et ils avançaient à petis pas rapides, guidés par Léo.

Les Dubois avaient une concession familiale dans l'allée des lys, et ce à titre perpétuel, un privilège qui remontait aux jours d'avant la nuit du 4 août. Leur lopin accueillait plusieurs caveaux ainsi qu'un imposant mausolée ouvert aux quatre vents. Tous les Dubois, peu ou prou, étaient enterrés là sur plusieurs couches depuis deux cents ans. Léo avait toujours vu ça comme une géologie familiale un peu mystérieuse : bien que la documentation sur les Dubois ne manquât pas, il n'avait jamais pris la peine de s'y plonger ; malgré un certain attrait pour les choses mortes, il ne se sentait pas l'âme d'un généalogiste-archéologue.

- Attendez, faut que je pisse.

- GB, pas dans le cimetière !

- Ma vessie n'attendra pas qu'on soit ressortis. Il y a un arbre juste là.

- Merde, magne-toi.

- Me laissez pas tout seul, hein ?

- Quoi ? Tu as peur ?

- Absolument pas. Mais si les morts sortent de leurs tombes pour nous boulotter le cerveau, on a plus de chance de s'en sortir en restant ensemble.

Difficile de dire s'il était sérieux ou pas. Carole opta pour la première solution.

- Faut vraiment que t'arrêtes la télé, GB...

La concession était entourée d'une maigre clôture de bois, basse et brisée par endroits. La tombe de Charles Dubois occupait un coin sombre au pied de l'enceinte. C'était un simple coffrage de béton rectangulaire, ni stèle ni pierre tombale. La terre nue. Cela avait été expressément stipulé dans ses dispositions testamentaires. Charles voulait être inhumé simplement, sans monument ou signe religieux. En esprit libre. A la  Desproges, disait-il.

De son vivant, Charles Dubois avait été un homme grand, au visage allongé, aux yeux tombants d'un bleu si clair qu'il en était presque invisible. Comme l'ombre, sur un cahier d'écolier, d'une tache d'encre qui a reçu un coup d'effaçeur. C'était là son trait le plus remarquable, son regard. Si clair ! et incroyablement neutre... Léo n'avait jamais vu quelqu'un exprimer si peu avec ses yeux. Tout passait par le geste et par le verbe chez feu Charles Dubois. Par le verbe plus que tout. Il parlait d'une voix égale, n'haussait jamais le ton, semblait presque s'excuser de prendre la parole. Un organe réglé comme un piano mécanique, mais un piano mécanique avec un coeur.

Léo l'avait tendrement aimé, ce coeur. Il avait peu de souvenirs de sa mère, morte alors qu'il était très jeune, mais il gardait pour son père un sentiment très vif. Malgré ses absences. Ou peut-être justement à cause de cela. Souvent il restait parti des semaines, des mois entiers. Son poste d'ingénieur à l'ONERA lui prenait tout son temps, l'emportant fréquemment dans d'interminables voyages à la rencontre d'autres scientifiques. Charles Dubois était une pointure en matière d'ondes électromagnétiques, et nombreux étaient ceux qui, de tous les pays, accouraient pour s'abreuver à ce puits de science. Enfant, Léo les avait tous détestés, sans discernement. Des porcelets têtant leur mère la truie, des vampires accrochés à une jugulaire, des rats pillant un grenier à grain, l'image et l'insulte avaient évolué à mesure que le garçon grandissait. Aujourd'hui, à bientôt vingt-cinq ans, il comprenait mieux, bien sûr. La passion de tous ces hommes, leur appétit de connaissance, leur avidité.

Il revoyait son père dans son atelier. Charles Dubois aimait à jouer au radio amateur lorsqu'il en avait le loisir. La pièce était pleine de circuits imprimés, de fils et de câbles, de postes disséqués et reliés entre eux selon quelque schéma abscons. Léo y était toujours le bienvenu et il aimait l'endroit, même si la folie de son père pour ces machines et ces machins, cette folie qu'on entendait vibrer dans sa voix calme, lui restait étrangère. Qu'importait. C'était des instants repris à ces ondes qui lui chapardaient sa vie de fils.

Carole avait dû percevoir son trouble.

- Tu es sûr de vouloir aller jusqu'au bout ?

- Ouais, c'est vrai, t'as pas peur de déterrer ton paternel comme ça, avec les vers qui lui ont bouffé les yeux et ses cheveux comme ceux d'une momie inca et...

- GB, putain ! Mais tu sais ce que c'est la délicatesse ?

- Laisse, Carole, c'est rien. J'ai vu pire, GB, tu sais...

Ils se mirent à la besogne. Cela alla vite. Il faisait chaud, on était en août, la terre se creusait aisément. Au bout d'un petit mètre, le fer d'une pelle heurta le cercueil.

- Déjà ?

- Oui, c'est bizarre. D'ordinaire, la fosse est plus profonde. Un mètre cinquante, environ. Je ne me souviens pas de ça, à l'enterrement.

- Moi non plus.

- Ni moi.

Carole, GB et Georges étaient là, ce jour-là, évidemment.

- Bon, j'avoue que j'ai pas fait gaffe, aussi.

- Pareil.

- Pareil.

A genoux dans la fosse, ils achevèrent de débarrasser le cercueil de la terre qui le recouvrait.

- Bon dieu, souffla GB. Tu crois qu'on va aller en prison ? On va nous prendre pour des néo-nazis profanateurs de sépultures juives...

- On est catholique dans la famille.

- Alors on sera des satanistes ! Je vois déjà les gros titres : "Un adorateur de Satan profane la tombe de son père pour se livrer à d'horribles rituels à la gloire de Belzébuth".

- Ouais, GB, et peut-être que papa va surgir d'entre les morts et nous décapiter tous les trois avant qu'on ait le temps de dire ouf, puis se repaître sauvagement de nos intestins avant de s'enfuir dans les ténèbres en hurlant à la lune.

Le hacker hocha la tête.

- C'est pas impossible...

A la maigre lumière de la torche, son air pénétré était cocasse. Léo et Carole se mirent à rire de bon coeur, bien qu'à l'étouffée. Cela fit retomber la tension autour de la bière et ramena un peu de lucidité dans les esprits.

- C'est insensé, dit Léo. D'être là. De faire ce qu'on fait. Merde, qu'est-ce qui nous a pris ?

- On s'est cru dans un film, je crois.

- Pire. Dans un film américain.

- L'alcool n'a pas aidé. Et j'ai encore envie de faire pipi.

- Alors ? On rebouche et on oublie tout ?

Léo était tenté de répondre oui. Mais...

- Non.

- Il est encore temps de tout arrêter, Léo. Oncle Simon voulait sans doute dire de chercher dans les affaires de ton père...

- Je ne sais pas. Pourquoi a-t-il caché le message à l'intérieur de son corps sinon pour être certain que je le trouve, moi et moi seul ? Il savait que je ne laisserai à personne d'autre le soin de conservation... Et pourquoi utiliser l'Unicode sinon pour être certain que GB le reconnaîtrait et que je n'aurais pas à faire appel à un inconnu ? Et pourquoi mon père n'a-t-il pas souhaité de pierre tombale ? Et pourquoi est-il enterré à une profondeur moindre que la normale ?

GB fronçait les sourcils.

- Attends, j'ai du mal à suivre... Il y a trop de pourquoi.

Il se mit à compter sur ses doigts.

- Carole, tu vois bien qu'on essaye de me guider et de me faciliter la tâche !

- Qui ça, on ?

- Oncle Simon et mon père. Ou juste le premier, je ne sais pas. C'est lui qui a réglé les détails des obsèques avec le notaire. Je n'étais pas encore majeur.

- C'est du délire.

- Pas plus que d'être dans un cimetière en pleine nuit, avec de la terre plein les ongles et une pelle à la main. Passe-moi le pied-de-biche.

- Tu es sûr ?

- Ce serait trop con de renoncer maintenant.

- C'est clair, fit GB. On n'a pas creusé pour des clous !

- Ecoutez, si je me suis trompé et qu'on ne trouve rien, on remet tout comme c'était et hop, ni vu, ni connu, on oublie toute l'affaire. Après tout, Oncle Simon, comme mon père, n'en était pas à une excentricité près.

- Ok, tiens.

Léo attrapa la lourde barre de fer et, en quelques mouvements, fit sauter le couvercle. Cela leur parut faire un vacarme épouvantable dans le silence de la nuit estivale, et ils observèrent une pause de quelques minutes, tant pour se préparer à ce qui allait suivre que dans l'attente des sirènes et des gyrophares qui, selon toute probabilité, n'allaient pas tarder à se manifester.

Puis, comme rien ne se produisait, il ouvrirent le cercueil.

Trois cris résonnèrent parmi les tombes.

- Ah !

- Eurgh !

- Trop cool !

Le couvercle leur échappa presque des mains lorsqu'ils le posèrent près de la fosse pour mieux se pencher sur la boîte. Carole réprima un haut-le-coeur.

- Nom de dieu, Léo, c'est... oh, je me sens pas très bien...

Léo sortit du trou.

- Donne la lampe. Là, assieds-toi. Respire à fond.

La jeune femme semblait sur le point de s'évanouir. Elle se détourna et s'appliqua à inspirer et expirer calmement. Léo se tourna vers GB.

- Ça va, toi ?

GB hocha la tête, un grand sourire lui fendant la figure, mais ses yeux dans ses orbites semblaient devenus fous.

- Putain, Léo, c'est quoi, ce... cette chose ? 

 

Le thanatopracteur secoua la tête. Il n'en avait pas la moindre idée.

Tout ce dont il était sûr, c'est que ça n'était pas humain.

 

 

A suivre...

Par Raf
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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 22:20

 

Le SMS disait : "Conseil de guerre, chez moi, 17H, bière à volonté"

Léo aimait à penser que ses amis se déplaçaient rien que par amour pour lui, mais il mentionnait toujours la bière, dans le doute.

Carole fut la première à répondre à l'appel, comme d'habitude, et elle s'était déjà enfilé deux Sturm quand les autres arrivèrent. Les poignées de main et les bises claquèrent, on prit place.

GB, bouteille à la main, rota.

- Aah ! J'adore les conseils de guerre !

- Alors, Léo, tu as problème ?

Georges oubliait toujours un article ou deux. Impossible de savoir si c'était involontaire ou par coquetterie. Georges était Tchèque, homosexuel, globe-trotter et polyglote. Il parlait tchèque, polonais, russe, espagnol, anglais et, à présent, français. Un don qu'il avait. Il lui avait suffi d'un an dans l'Hexagone pour maîtriser Molière, ce que l'école et ses liens avec Léo avait été bien incapables de faire.

Georges était le correspondant de Léo en CM1. Il y avait eu un échange, le jeune Tchèque était venu, Léo était allé là-bas. Ils ne parlaient pas la même langue mais s'entendaient à merveille pour les jeux et les conneries. L'essentiel quand on a huit ans. De ce fait, Georges n'avait jamais appris que des rudiments de français : bonjour, merci, au revoir, merde, connard...

- C'est Oncle Simon.

- Qu'est-ce qu'il a encore été inventé ?

- Il est mort.

La nouvelle fut un choc. Tous aimaient le vieil homme.

S'en suivirent plusieurs accolades, des mains sur les épaules, plusieurs toasts pour Oncle Simon, et bientôt tout le monde fut rond comme de juste.

- La sépulture est pour quand ?

- Je ne sais pas. Il a demandé à être enterré en Israël. Il doit être dans l'avion, maintenant.

- Ça voyage comment un mort ? Dans la soute ? Avec mes slips ?

Georges envoya une bourrade à GB.

- You, idiot !

- Il y a des formalités, non ?

Parmi ses nombreux métiers, Carole avait travaillé à l'Aéroport de Nantes-Atlantique.

- Oui. Le corps doit être embaumé. C'est moi qui ai fait le soin de conservation.

- Nom de dieu, je le savais ! Il t'a eu à l'usure, il fallait s'y attendre... Tu es aussi dingue que lui !

- Merde, Léo, c'est vrai. Charcuter le corps de ton propre oncle...

- Je ne charcute rien, Carole. C'est tout le contraire.

- Tout de même...

- Attendez, je n'allais pas le laisser à un autre thanato, quoi, merde ! Je lui devais bien ce minimum d'égards, vous croyez pas ?

Ça, tout le monde l'approuva à grands renforts de moues et de hochements de tête.

- Et c'est comme ça que j'ai trouvé ces trucs-là.

Léo jeta la clé USB et la pièce de puzzle sur la table basse. GB se jeta sur la clé.

- C'était dans le corps d'Oncle Simon.

- Dans son corps... Tu veux dire dans son corps ?

GB jeta la clé en criant et en s'essuyant les mains sur son pantalon.

- Merde, c'est dégueulasse !

- C'était emballé dans du plastique. Quelque part entre les intestins.

- Je vais vomir.

- Je croyais que tu aimes les tripes, no ?

- Uniquement à la mode de Caen, sale inverti.

- Fuck off, bitch.

Les objets passèrent de main en main.

- Pourquoi un X ?

- Je ne sais pas. Ça peut vouloir dire plein de choses.

Léo eut un regard pour le Canadair CL-84 Dynavert qui oscillait mollement devant la fenêtre entrouverte.

- T'as regardé ce qu'il y avait sur la clé ?

C'est GB qui avait demandé, bien sûr. Le hacker de la bande. GB, c'était pour Gigabit, son nom de pirate. Il se vantait à qui voulait l'entendre d'avoir piraté quelques uns des sites les mieux protégés au monde. Son rêve était d'être engagé par un service secret américain. Une fois, il avait convoqué un conseil de guerre, jurant ses grands dieux que cette fois c'était pour de bon, qu'il avait réussi à passer les défenses de la CIA et piraté leur site internet. Ils allaient venir l'arrêter et l'embaucher. Léo, Carole, Georges et quelques autres avaient alors préparé la venue de la célèbre agence. Une banderole artisanale avait été accrochée à la façade de la maison de banlieue de GB : Welcome C.I.A., et des tentes de fortune avaient poussé sur la pelouse du pavillon. On avait confectionné des pancartes à la gloire de GB le French Hacker, acheté des kleenex pour les adieux, et de la bière pour la même raison. Oncle Simon avait sorti son barbecue et, pendant trois jours, toute la rue avait été habitée par une odeur de frites-merguez. Les voisins n'avaient trop rien dit, picorant parfois une saucisse ou une mousse au passage.

Finalement, la CIA n'était pas venue, laissant GB un peu triste.

- Mais je vous jure que je l'ai fait ! C'est vrai !

- On te croit, mon vieux, on te croit.

- Ils doivent avoir un Ben Laden sur le feu ou un conflit nucléaire à désamorcer, avait argué Carole. C'est pour ça qu'ils sont pas là. Ils viendront quand ils auront fini.

C'était il y a deux ans. Ils devraient avoir fini, s'était plaint GB, un jour. Et c'est Carole, encore, qui avait su le réconforter en puisant dans leur série favorite :

- Tu sais, comme l'a dit Nathan Petrelli dans Heroes, le monde a toujours besoin d'être sauvé...

- Ouais, c'est vrai, c'est dans la saison 2...

GB avait hoché la tête et il n'avait plus été question de CIA après ça.


- J'ai regardé, bien évidemment, répondit Léo en ouvrant son portable sur ses genoux. Il n'y a qu'un petit fichier texte mais il est écrit en code, je n'y comprends rien.

Ses trois amis vinrent s'asseoir autour de lui.

- Regardez.

Le message s'afficha et GB arracha aussitôt l'ordi des mains de Léo.

- C'est génial, ça ! Putain, pourquoi j'ai pas un oncle déjanté qui cache des trucs de ouf dans son cadavre, moi aussi ?

- Je suis allé voir sur le Net si je trouvais quelque chose qui puisse m'aider. Ça ressemble à un code en grille cartésienne, mais...

- Un code... comment tu dis ? Cartéssien ? What's that ?

- Cartésienne. Tu entres le texte à coder dans un tableau à double entrée et chaque lettre est ensuite remplacée par ses coordonnées dans le tableau. Mais c'est horriblement compliqué, si c'est ça.

- Peut-être pas tant que ça. Vous avez vu Zodiac, de Fincher ?

Carole avait tenu un vidéo-club avant d'être remplacée par un automate.

- Le tueur envoie des lettres codées aux flics et aux journaux. Ils les publient et c'est un vieux couple qui parvient à les déchiffrer. Ils cherchent simplement les symboles qui reviennent le plus souvent et extrapolent à partir de ça : la lettre la plus fréquente en anglais, c'est "e", je crois, ou "a", je sais plus... Et tout le reste suit.

- C'est pas bête, ça, Léo. Ecoute, c'est quoi la lettre du français la plus courant ?

- J'en sais rien, moi, "a" ou "e", pareil.

- N'oublie pas les espaces entre les mots.

- Alors attends, si on...

GB interrompit la séance de brainstorming.

- Vous cassez pas la tête, j'ai trouvé.

- Tu rigoles ?

Ils se penchèrent à nouveau sur le PC.

- C'est le U, au début, qui m'a mis la puce à l'oreille. C'est le seul U de tout le texte.

- T'es sûr ?

- Ouais, m'sieur ! Et c'est le U d'Unicode.

Devant les trois paires d'yeux perplexes, GB enchaîna :

- Unicode, c'est un code informatique, une suite de tables qui donnent à chaque caractère un numéro à 4 nombres. Il y a des tables pour l'alphabet latin, pour le cyrillique, pour l'arabe, l'hébreu, le tibétain...

- Et ça sert à quoi ?

- A uniformiser et simplifier les échanges sur le net. Chaque logiciel, chaque plate-forme, chaque application a ainsi la même norme pour afficher les caractères. Ici, on a affaire à du latin.

- Une chance Oncle Simon n'a pas écrit en hébreu...

- Ouais, ouais, ouais... Il y a un unicode pour le vieux futhark ? Non, laisse tomber, j'ai rien dit. Comment on décrypte ?

- Tiens, regarde. Je t'affiche les tables qu'il te faut.

- Mais c'est que tu es moins estupido que tu as l'air, culito.

- Alors on sépare le U du reste, et on découpe ensuite par tranche de quatre caractères, comme ça : U+004D/006F/006E/0020/0066/0069/006C/0073/... etc.

- Hé ! 0020, c'est l'espace ! Qu'est-ce que je disais, les gars !

- Putain ,j'en ai pour des heures...

- On va t'aider.

- Putain, j'en ai pour des jours.

- Idiot !

- Ça va aller vite, tu vas voir. La première lettre, c'est... attends GB, laisse moi regarder !

- C'est "M", la première. Aïe, Carole ! Tu m'enfonces ton coude dans l'épaule !

- C'est M majuscule, Léo. Tu as du papier ?

- On devrait imprimer le message, no ?

- Mais non, ça va aller comme ça.

- La deuxième lettre, c'est "o". Tu notes, Léo ?

Deux heures, quelques bières et des dizaines de ratures plus tard, le message se présentait ainsi :

 

" Mon fils.

 

J'ose t'appeler mon fils, car tu le fus en vérité.

Comme père, j'ai souhaité pour toi une vie belle et heureuse. Et c'est l'enfance que j'ai voulu te donner. Hélas, cette vie-là te sera refusée, j'en suis à présent convaincu, tant que ne sera pas levée la menace qui pèse sur ta tête. Et même après, si tu t'en sors, rien ne sera plus jamais comme avant.

Charles, ton père, ton vrai père, un ami très cher, était quelqu'un de bien, Léo. Il aurait voulu être autre chose pour toi, plus qu'une ombre passante. Mais il n'avait pas le choix. Je ne peux t'en dire plus dans ce message trop sommairement codé. Tout ce que je peux te révéler, c'est que ce secret que ton père et moi, ton père surtout, avons porté, est susceptible de changer à jamais le cours de l'histoire de l'humanité, et que quelqu'un est prêt à tout pour que cela n'arrive pas.

Déjà, ta vie est en jeu. De par ces quelques lignes et de par ton sang même, tu es en danger. Je suis surveillé, Léo, et toi aussi sans doute. Tu ne dois faire confiance à personne.

Demande à ton père.

Courage. Je t'aime.

Oncle Simon "

 

Un profond silence suivit la lecture.

Ce fut Carole qui le brisa.

- Ben, mon con, ça c'est du testament.

- Changer le cours de l'Histoire. Carrément.

- On se croirait dans le Da Vinci Code.

- Et qu'est-ce qu'il veut dire par : demande à ton père ?

Charles Dubois était mort depuis six ans, maintenant.

- Peut-être que ton paternel tenait un journal intime.

- Ou il a caché des microfilms quelque part. Comme fait la CIA dans les films. My god ! C'est unbelievable, ton affaire !

L'évocation de la CIA plongea GB dans une grande excitation.

- Putain ! Peut-être qu'il bossait pour eux ! Ou pour la NSA ! Il était pas ingénieur à l'Aérospatiale ?

- A l'ONERA. L'Office National d'Etudes et de Recherches Aérospatiales. C'est français.

- Alors c'est la DST ! Putain, ton père était un putain d'espion !

- Euh...

- Il faudrait chercher dans ses affaires...

- Tu as gardé ses papiers ? Les dossiers sur lesquels il bossait ?

- Arrêtez. C'est pas la peine. Je sais ce que veut dire Oncle Simon. Et j'espère que vous êtes assez bourrés, les amis. Parce que cette nuit... on va au cimetière.

 

A suivre...

Par Raf
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Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 20:23

De retour chez lui, Léo se prépara un sandwich rapide, se servit une bière et glissa Red Roses For Me des Pogues dans son lecteur mural, mode lecture aléatoire. Et tandis que la voix de MacGowan entonnait Dark Streets of London, il se laissa tomber sur son canapé, décidément trop mou, et sortit l'objet mystérieux de sa poche. Il le regarda longtemps.

- Je sais pas pourquoi mais je le sens pas bien, ton truc, Oncle Simon...

Une gorgée de bière et deux chansons plus tard, il se décida et déchira doucement le film plastique noir qui enveloppait la chose. Une pièce de puzzle et une petite clé USB noire lui tombèrent dans la main.

Léo soupira.

- Je le sens pas du tout...

La clé USB ne portait aucune marque distinctive sinon sa capacité de stockage : 2GB. Léo la posa sur la table basse. Levant la pièce de puzzle à hauteur de ses yeux, il la fit tourner entre ses doigts. Elle semblait parfaitement ordinaire : un creux et trois excroissances qui dessinaient une bouche maussade, deux oreilles décollées et une houpette comique. Enfin, avec beaucoup d'imagination... Dessus, noir sur blanc, un gros X aplati. À moins que ce ne fut une croix.

- C'est une croix. La croix de Saint-André.

Le sous-bock sous sa pinte de bière avait parlé d'une voix étouffée.

Léo le considéra d'un oeil perplexe et souleva son verre.

- Excuse-moi, tu disais ?

- Je disais : c'est une croix. La croix de Saint-André.

Sur le rond de carton, le logo d'une brasserie écossaise lui renvoyait son regard.

- Saint-André.

- Oui. Le Saint Patron de l'Ecosse. Crucifié par les Romains en 60.

- 1960 ?

- C'est ça. Bien sûr que non, ducon ! En l'an 60.

Une autre voix s'éleva alors dans la pièce. C'était celle de la TOB, la Traduction Oecuménique de la Bible en livre de poche, un souvenir d'Oncle Simon. Elle était rangée sur une étagère, entre la collection des Soda et Le Fantôme de l'Opéra. Elle parla d'un ton docte et sans appel.

- Il fut le premier disciple du Christ. Condamné à la crucifixion par le proconsul d'Achaïe, il refusa, par humilité, d'être crucifié comme Jésus, et fut donc cloué sur une croix en X.

- L'Achaïe, c'est dans le Péloponnèse, précisa l'Atlas 2000 de chez Nathan, deux étages plus bas.

- Ah. Bien. Merci.

- De rien. Je sais que t'es pas une flèche en géo.

- Ouais, bon... Comment on passe de la Grèce à l'Ecosse ?

- Les reliques de Saint-André... St. Andrew... auraient été en partie transportées en Ecosse, expliqua obligeamment le sous-bock. Et la légende veut qu'il soit devenu le Saint Patron du pays après avoir permis une victoire contre les Angles, au IXè siècle. D'où le drapeau écossais : une croix de St. Andrew sur fond bleu.

- Note que la croix de St. Patrick est identique, exceptée qu'elle est rouge sur fond blanc, comme sur le drapeau irlandais, dit encore l'Atlas 2000.

Shane MacGowan, qui était en train de chanter Streams of Whiskey, s'interrompit alors, et les Pogues cessèrent de jouer dans une cacophonie de batterie, de guitare et de flûte.

- Tout ça, c'est des conneries ! C'est les Unionistes qui ont inventé ce drapeau de merde !

- Qu'est-ce que tu te la ramènes, toi? fit le sous-bock. C'est de ces trois drapeaux, anglais, irlandais et écossais qu'est né l'Union Jack, quand même ! Espèce de... !

Mais Léo reposa sa pinte et on ne l'entendit plus.

- J'aime la bière alors je te respecte, le sous-bock, mais va te faire enculer ! vociféra MacGowan.

Léo changea de chanson et les Pogues se mirent à jouer The Battle of Brisbane. Un morceau instrumental.

- De toute façon, ils ont tort, tous les deux, c'est rien que les deux yeux fermés du smiley XD.

Le PC portable s'en mêlait, maintenant.

Du portefeuille de Léo, le permis de conduire s'écria :

- Pas du tout ! C'est l'intersection comme sur le panneau de signalisation routière !

- C'est rien qu'une interdiction, dit le verrou des toilettes.

- C'est le signe multiplier, bande de nazes, lança la calculette depuis la cuisine.

- C'est un anonyme, affirma un polar. C'est M. X.

- A la rigueur, c'est l'inconnue dans une équation, fit encore la calculette.

Les pièces du jeu d'échecs qui dormait sous la télé se mirent toutes à glapir en même temps :

- Dans le système de notation d'une partie d'échec, c'est une prise, c'est une prise !

- Soyons sérieux ! leur répondirent plusieurs voix depuis le dessous de l'évier où Léo remisait ses produits ménagers. C'est le symbole d'un produit irritant, voilà tout !

La montre à aiguille ricana au poignet de Léo.

- Vous êtes graves ! C'est dix en chiffres romains, et c'est marre !

- En tant que Traduction Oecuménique, je me crois de rajouter que ce pourrait être la lettre grecque χ, c'est-à-dire x. Et donc le symbole du Christ, χριστός en grec.

Une maquette que Léo avait monté à l'âge de douze ans et qui pendait du plafond près de la fenêtre se manifesta alors. C'était un Canadair CL-84 Dynavert à décollage et atterrissage vertical de 1965.

- Moi je dis que c'est le signe d'une demande d'assistance médicale dans le Ground to Air Emergency Code.

- Le grondouère quoi ?

- Ground to Air Emergency Code. C'est un code visuel d'urgence à tracer au sol quand tu n'as aucun autre moyen de communiquer avec l'avion qui survole l'île déserte où tu t'es crashé et où tu agonises lentement. Enfin, je dis ça, je dis rien...

- Tout ça, c'est n'importe quoi, intervint alors un vieux jeu de rôles à la couverture défraîchie. C'est une rune du vieux futhark, ce truc, c'est clair. Le premier alphabet runique apparu au début l'ère chrétienne chez les peuples germaniques. C'est la septième de l'alphabet, qui en compte vingt-quatre, et la septième de la première des trois familles de runes qui composent le vieux futhark. Elle s'appelle gebō et signifie don, offrande. Fais un jet sous Culture générale et tu verras...

Près de la porte d'entrée, le carillon en bambou à six branches tinta gentiment.

- Moi je suis sûr que c'est une double dièse, comme sur une partoche.

- Ok, stop, temps mort, black out, no future ! cria Léo en levant les mains.

Le silence revint dans l'appartement.

- Merci. Merci à tous. Mais maintenant, la ferme !

Personne ne moufta.

Léo vida sa pinte de bière, attrapa son portable, l'ouvrit et l'alluma. L'ordinateur fit entendre une petite mélodie synthétique et Léo brancha la clé sur un des ports USB.

Elle ne contenait qu'un seul fichier, un document texte répondant au joli petit nom de 0050006F007500720020004C00E9006F.txt.

Léo le soumit à son antivirus puis double-cliqua.

L'écran s'emplit de chiffres et de lettres.

 

U004D006F006E002000660069006C0073002E000A004A0027006F00730065

0020007400270061007000700065006C006500720020006D006F006E0020

00660069006C0073002C00200063006100720020007400750020006C0065

002000660075007300200065006E0020007600E900720069007400E9002E

000A0043006F006D006D00650020007000E800720065002C0020006A0027

0061006900200073006F0075006800610069007400E900200070006F0075

007200200074006F006900200075006E0065002000760069006500200062

0065006C006C006500200065007400200068006500750072006500750073

0065002E0020004500740020006300270065007300740020006C00270065

006E00660061006E0063006500200071007500650020006A002700610069

00200076006F0075006C007500200074006500200064006F006E006E0065

0072002E0020004800E9006C00610073002C002000630065007400740065

002D006C00E0002000740065002000730065007200610020007200650066

0075007300E90065002C0020006A00270065006E002000730075006A0073

002000E00070007200E900730065006E007400200063006F006E00760061

0069006E00630075002C002000740061006E007400200071007500650020

006E00650020007300650072006100200070006100730020006C00650076

00E900650020006C00610020006D0065006E006100630065002000710075

00690020007000E800730065002000730075007200200074006100200074

00E100740065002E0020004500740020006D00EA006D0065002000610070

007200E80073002C0020007300690020007400750020007400270065006E

00200073006F00720073002C0020007200690065006E0020006E00650020

007300650072006100200070006C007500730020006A006D006100690073

00200063006F006D006D00650020006100760061006E0074002E000A0043

006800610072006C00650073002C00200074006F006E0020007000E80072

0065002C00200074006F006E002000760072006100690020007000E80072

0065002C00200075006E00200061006D006900200074007200E800730020

0063006800650072002C002000E9007400610069007400200075006E0020

006C0071007500270075006E0020006400650020006200690065006E002C

0020004C00E9006F002E00200049006C0020006100750072006100690074

00200076006F0075006C00750020002A007400720065002000630068006F

0073006500200070006F0075007200200074006F0069002C00200070006C

0075007300200071007500270075006E00650020006F006D006200720065

002000700061007300730061006E00740065002E0020004D006100690073

00200069006C0020006E0027006100760061006900740020007000610073

0020006C0065002000630068006F00690078002E0020004A00650020006E

0065002000700065007500780020007400270065006E0020006400690072

006500200070006C00750073002000640061006E00730020006300650020

006D006500730073006100670065002000740072006F007000200073006F

006D006D0061006900720065006D0065006E007400200063006F006400E9

002E00200074006F0075007400200063006500200071007500650020006A

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- A mon avis, c'est un code, dit le PC. Même que je...

- Toi, tu la fermes.

Léo referma le portable d'un geste sec et termina sa bière avec un soupir.

- Merde, Oncle Simon... Tu fais chier...

 

A suivre...

 

Par Raf
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Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 23:02

Léo dégrafa sa chemise, vérifia que la ventilation de la chambre funéraire était en marche et enfila sa blouse et une paire de gants d'examen en latex. Il commença par ausculter attentivement Oncle Simon... on ne sait jamais... mais pas de doute, il était trépassé autant qu'on peut l'être. Crise cardiaque. Le visage cyanosé et congestionné parlait de lui-même.

Léo commença par masser tout le corps pour lui rendre un peu de souplesse, puis il le déshabilla, enleva la chaîne d'argent du cou fripé et la montre du poignet, posa le tout sur une petite table annexe et dressa un inventaire rapide. Attrapant ensuite un flacon de dispray et un linge, il entreprit, avec une tendresse mêlée de respect, de faire la toilette du mort à l'aide du désinfectant.

Alors qu'il s'attaquait aux parties génitales, Oncle Simon lui dit :

- Doucement, mon grand... Vas-y mollo avec mon appareillage.

Léo, un peu surpris, suspendit son geste.

- Pourquoi donc ? Tu ne vas plus guère en avoir l'usage, maintenant, je crois.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Si je vais au Paradis, j'aime autant y aller en pleine forme.

- En pleine forme. N'importe quoi. Tu es mort, Oncle Simon.

Et Léo de reprendre son ouvrage.

- Depuis quand tu crois au Paradis, toi, d'abord ?

- Et pourquoi pas ?

- Tu es Juif.

- Et toi, ignorant.

- Je t'emmerde.

Mais Léo souriait. Des échanges comme celui-ci, ils en avaient eu un petit milliard.

Après avoir passé tout le corps au désinfectant, il nettoya très doucement le visage d'Oncle Simon, lui lissant les traits de son éponge et repoussant ses fins cheveux blancs en arrière.

Il ligatura ensuite le pénis et mécha narines et anus afin d'éviter les écoulements intempestifs.

- Je me fais l'effet d'être un pétard qui n'attend plus qu'une allumette.

- Boum, quand votre coeur fait boum...

- C'est malin de chanter ça à un type mort d'une crise cardiaque !

Léo gloussa et prépara l'injection de formol. Il disposa poches, canules et pompe autour du corps, puis coiffa masque et lunettes de protection.

- Tu ressembles à Dark Vador. C'est ridicule.

- Je me protège. Les biocides qu'on utilise ne sont pas excellents pour la santé, figure-toi. Et puis il y a les projections éventuelles. Thanato est un métier qui comporte des risques...

- Je sais me tenir, ho ! Et puis je n'étais pas malade.

- Apparemment. Mais je n'ai pas accès au dossier médical de mes sujets, vois-tu, alors je suis prudent...

Léo prit un bistouri et se mit en quête de la carotide.

- Ca va faire mal ?

- Tu es toujours mort.

- Oui, ben fais gaffe quand même.

Léo incisa et, écartant les muscles du cou, extériorisa la carotide pour y enfonçer une canule reliée à une petite pompe et à un bidon d'injection. Il actionna l'appareil et la solution commença de pénétrer dans le corps d'Oncle Simon. Celui-ci eut un petit rire enroué.

- C'est marrant, cette inversion des rôles, non ? Quand tu étais petit, c'est moi qui prenais soin de toi.

- Tu m'as souvent percé la carotide pour m'injecter six litres de formol ?

- Idiot. Je pensais à toutes les fois où je t'ai essuyé le derrière, habillé, donné le bain, où j'ai soigné tes petits bobos...

- Tu souffres d'un gros bobo, là.

Tandis que la pompe ronronnait, Léo abaissa son masque, remonta ses lunettes et sortit d'une petite valise les deux autres sempiternels costumes d'Oncle Simon.

- Tu préfères lequel ?

- Le vert.

- C'est original comme couleur de deuil.

- Le deuil, c'est ton affaire, pas la mienne.

- Merci de ton soutien.

- Ne te plains pas. Si nous étions des Merina de Madagascar, tu aurais dû me déterrer régulièrement pour changer mon linceul et faire la fête avec moi. Et si nous avions été des Aché Gatu de la tribu des Guayaki au Paraguay, tu aurais peut-être dû me rôtir et me manger...

- Très délicat. Ça va me faire plaisir de te coudre la bouche...

- Rien ne m'a jamais empêché de parler.

- Ils ne savent pas ce qui les attend, en Israël.

Mise sous pression par la solution de formol, les veines gonflaient sur tout le corps. Léo remit ses protections en place, mit la pompe à l'arrêt et procéda à une autre incision sous le plexus solaire. Juste de quoi introduire un tube de ponction dans le coeur. Ventricule droit, système veineux. Aussitôt, le sang se mit à couler avec un bon débit dans la poche vide fixée à l'autre extrémité du tube.

Il fallut brancher une deuxième poche au bout d'un moment, mais finalement cela alla assez vite.

- Voilà, c'est fini.

Ce n'était plus du sang qui coulait dans la poche mais du formol. Léo ôta la canule et sutura le petit trou percé dans le coeur.

- C'est pas du jus de navet qui te coule dans les veines, à présent.

- Impertinent.

- C'est une solution de formaldéhyde, glutaraldéhyde, méthanol, éthanol et autres désinfectants. Avec une touche de colorant pour que tu ne vires pas au blanc complet.

- J'aurais l'air bronzé ?

- Faut pas exagérer.

- Conserve bien mon sang, hein ? Pas question de l'incinérer comme pour les goys. Il rentre au pays avec moi.

- Je sais, je sais... Le sang, c'est important. Ça ne t'ennuie pas, en revanche, si je prends le contenu de ton estomac, de ta vessie et de tes intestins ?

- Non, c'est juste dégueulasse.

- Ça dépend comment on voit les choses, je présume. Attention, j'y vais.

Faisant glisser dans l'incision un trocart, sorte de canule aux bords coupants, Léo perça successivement les trois organes pour en aspirer le contenu.

Et c'est ainsi, à l'improviste, alors qu'il tâtonnait à la recherche de la vessie d'Oncle Simon, qu'il rencontra l'aventure.

Le trocart, dans les méandres des intestins racornis, toqua contre un objet solide. Toc.

- Surpriiise...

Léo s'interrompit et regarda le corps, interloqué.

- Qu'est-ce que c'est que ce délire ?

- Mon legs.

- Ton legs... C'était trop simple de me le laisser dans une enveloppe sur la cheminée ?

Plongeant la main dans la cavité abdominale, il repêcha la chose du bout des doigts. C'était petit, de forme allongée et enveloppé de film plastique noir.

- C'est quoi, ce truc ?

- Tu verras bien. Tu n'es pas au bout de tes surprises, mon petit Léo. Bon, tu me rhabilles, maintenant. Il fait froid, ici.

Léo, qui transpirait abondamment sous sa blouse, soupira tristement.

- C'est la mort, Oncle Simon.

Il posa l'objet mystérieux sur la table et acheva de s'occuper de l'intérieur d'Oncle Simon en injectant une solution désinfectante dans l'abdomen avant de le recoudre. Il referma la gorge de même et, se débarrassant du masque et des lunettes, enfila le costume vert sur le corps du vieillard. Une tâche assez physique.

- Je m'occupe de ton visage, maintenant.

- Fais-moi beau.

- A l'impossible, nul thanato n'est tenu.

D'une petite trousse tirée de sa mallette, Léo prit deux couvre-oeil et les glissa sous les paupières, qu'il hydrata ensuite à l'aide d'une crème afin qu'elle restent closes. Puis il rasa de près les joues encore duveteuses et appliqua plusieurs fards sur la peau flêtrie.

- Ce que tu as comme rides... Je n'avais jamais fait attention.

- Attends d'être à ma place.

- Suis pas pressé.

- Doucement sur le maquillage, hein ?

- Je te refais une beauté, oui ou non ?

- Ils vont me prendre pour un transformiste, au pays...

- C'est presque fini.

Léo prenait tout son temps. Il n'était pas pressé.

Encore un petit coup de peigne...

- Voilà. Ne reste plus que la bouche à coudre.

- Ha ! Je me ris des fils !

Mais la voix du vieux Juif se faisait déjà plus lointaine.

- Je te l'ai dit : ce n'est pas ça qui m'empêchera de l'ouvrir...

- Non, Oncle Simon, ce n'est pas ça, en effet.

La mort y avait déjà pourvu.

Léo enfonça l'aiguille sous le menton, la récupéra dans la bouche, et la fit passer par les gencives de la mâchoire supérieure jusque dans la cavité nasale. Un noeud, et c'en était fini.

Oncle Simon avait l'air de dormir paisiblement, à présent.

Et Léo n'entendrait plus jamais sa voix chaleureuse.

Il se pencha pour l'embrasser tendrement sur le front.

- Au revoir, mon oncle.

Alors seulement il pleura.

 

Après qu'il eut bien pleuré, après que les employés des pompes funèbres fussent venus chercher le corps (avec ses poches de sang, ses poches d'âme), il rangea et nettoya à fond la chambre funéraire et fourra les affaires d'Oncle Simon dans un sac, qu'il mit dans la valise avec le dernier costume du défunt.

Tout était en ordre.

 

Sur la table, ne restait plus que l'objet mystérieux. Léo se pencha dessus.

Mais qu'est-ce que ça pouvait bien être ?


 

A suivre...

 

 

Par Raf
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 22:20

 

Oncle Simon était un vieux Juif bavard.

Il était déjà vieux à la naissance de Léo. Et déjà bavard aussi.

Il avait connu le Front Populaire, Munich, la IIè Guerre Mondiale et la Shoah qui avait pris tous les siens. Il savait l'Ancien Testament par coeur (y compris les Nombres, c'est dire !), et la Kabbale revue et corrigée, et la véridique histoire du golem. Il avait serré la main de De Gaulle, vu construire le Mur de Berlin, débarqué dans la Baie des Cochons, marché sur la Lune. Il avait pourchassé le monstre du Loch Ness, fait l'amour à Marilyn, tapé le boeuf avec Joplin à Woodstock, dessiné le premier pokémon sur un coin de nappe à Tokyo, inventé l'e-mail avec Tomlinson (le premier message électronique n'était pas du tout QWERTYUIOP, mais Oncle Simon préférait rester discret sur la question), fait le GR20 deux fois, visité le Père Lachaise souterrain, dormi dans les toilettes du Pentagone, trouvé les preuves de l'existence de King Kong, mangé du serpent, des sauterelles, des chenilles, des cafards, des cactus avec les épines, avait été marié onze fois (plus qu'Elizabeth Taylor, il en était très heureux, allez savoir pourquoi...), dont une fois avec une Papoue, une fois avec une Mosuo (sur les flancs de la montagne Gan Mu), et une fois avec trois Mormones de Salt Lake City.

Oncle Simon avait toute une vie à raconter, et il ne s'en privait pas.

 

Léo avait beaucoup voyagé avec lui.

Avant même de savoir ce qu'était le monde, avant de savoir marcher, avant de savoir parler, avant même que d'être né, Léo avait entendu les histoires du vieux Juif bavard penché sur le ventre rond de sa mère. Sa voix chaude, de plus en plus éraillée, de plus en plus ténue, était un de ses premiers souvenirs conscients. Il n'y avait pas de télé à la maison. C'était veillée tous les soirs. Le petit garçon s'endormait dans les vapeurs de hashish de Katmandou ou l'odeur d'essence d'un parking de San Francisco. Il poursuivait souvent l'histoire seul, en rêves.

Son sommeil était agité...

 

Son père était ingénieur à l'ONERA. Il travaillait énormément et on le voyait peu dans la demeure familiale. Lorsque sa femme, la mère de Léo, mourut d'un cancer foudroyant, il travailla plus encore et Oncle Simon s'en vint vivre chez les Dubois. C'est lui qui s'occupa du petit jusqu'à sa majorité. Le fait qu'il ne soit pas véritablement son oncle provoqua quelques remous dans les administrations, des rumeurs malignes dans le quartier, l'émoi de quelques bigotes et l'ire d'antisémites nostalgiques, mais rien de tout cela ne filtra aux oreilles du garçonnet et tout le monde finit par se faire une raison. Après tout, les Dubois était une famille de vieille noblesse catholique qui n'en était pas à ses premières frasques...

 

A présent, le père de Léo était mort lui aussi, il y avait quelques années de cela, tandis que l'Oncle Simon était toujours là, toujours aussi vieux, toujours aussi Juif, toujours aussi bavard. Sa présence n'émeuvait plus personne depuis longtemps, on lui servait même du Monsieur Bensimon.

Léo le voyait moins, bien sûr : les études, les filles, puis le travail... Mais il venait encore le visiter une ou deux fois par semaine, lui faisait ses courses, l'emmenait au théâtre, ou bien à un concert ou à un défilé de majorettes. Le vieillard raffolait des majorettes...

Léo n'imaginait pas le monde, le cosmos, sans Oncle Simon.

 

Il allait pourtant devoir s'y faire.

Allongé là devant lui, sur la table de la chambre mortuaire, le vieux Juif bavard était tout ce qu'il y avait de plus mort.

 

Léo n'avait pas envie de pleurer. Depuis qu'il avait appris la nouvelle, en fait, il n'arrivait tout bonnement pas à y croire.

Oncle Simon était tombé en pleine rue, comme ça, et personne n'avait pu le ranimer. Mort, quoi.

 

Les formalités administratives n'avaient pas été longues. Le vieil homme ne possédait guère que ses vêtements : trois costumes, et c'était tout. Il ne laissait aucun bien, auncune fortune derrière lui, et Léo n'attendait rien, de toute manière. Ce que le vieux avait à léguer, Léo l'avait reçu depuis longtemps.

Non, la seule exigence post-mortem formulée par le vieillard, et il avait tout réglé rubis sur l'ongle, semblait-il, avait été d'être enterré en Israël.

Ce qui signifiait que le corps devait être embaumé pour le transport.

 

Fort bien.

Léo ne laisserait à personne le soin de s'occuper du vieux Juif bavard, cet oncle qui n'était pas son oncle mais qui avait été son père.

 

Il ouvrit sa malette de thanatopracteur et se mit à l'ouvrage.

 

 

 

Par Raf
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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 09:13

Prenez le bleu des mers du sud.

Il est pur, fort, radieux.

Il y a des couleurs comme ça, si puissantes qu'elles font presque mal. Des rouges sang mortels. Des jaunes d'or qui vous crèvent les yeux. Des oranges acides à en vomir. Des bleus à ce point profonds qu'ils vous foutent le vertige. Des couleurs, oui, mais de celles qui vous arrachent les tripes une bonne fois pour toutes. Des fois, même, ça laisse une marque sur la peau. Un bleu. Qui deviendra indigo, puis violet, puis noir. Pas inintéressant. Un genre de bleu Klein organique.


Le bleu des mers du sud en est. De ces teintes qui vous sautent à la gueule comme un kamikaze dans un bus à l'heure de pointe. Il vibre. Il appelle. A côté, les autres ont l'air made in China. Vous l'avez en tête, maintenant ? Lumière et transparence, carte postale, vacances ? Ça vous évoque tout de suite d'autres couleurs, je parie. Sable fin et doré, coraux multicolores, algues vertes et ocre aux nuances infinies, poissons bariolés, le monde de Nemo, tout ça...

Eh bien, oubliez. Léo Dubois ne nage pas dans ces eaux-là, limpides et douces.

Et il le regrette amèrement.

Sa mer à lui est une crique profonde, sombre, au sol nu, gris. Ni coraux, ni chevelure d'algues. Rien que de la vase, épaisse, collante, noire. Qui se soulève et flotte en nuages bourbeux et opaques. Depuis la cabine de pilotage du torpilleur où il a trouvé refuge, Léo Dubois regarde autour de lui et ne voit qu'une eau croupie pleine de particules en suspens qui cognent contre son masque de plongée. La mer, c'est dégueulasse. La moitié de cette crasse est certainement du sperme de poisson et l'autre moitié de la merde de poisson... Il préfère ne pas y penser, il a peur de vomir dans le détendeur de sa combinaison. Ce serait le bouquet.

En même temps, dans sa situation, ce serait le cadet de ses soucis. Il est dans la merde, de poisson ou d'autre, et ce n'est rien de le dire. Son manomètre lui donne au plus dix minutes à vivre.

La surface n'est pas loin, pourtant, vingt-cinq mètres tout au plus. En se penchant un peu, Léo peut la voir miroiter là-bas, au-dessus de sa tête. Il sait que, là-haut, à l'air libre, à l'air ! le soleil se couche. Le ciel doit être magnifique depuis le pont du Herman Melville. Léo n'est guère resté sous l'eau que trente ou quarante minutes, il aurait encore le temps de remonter, observer un palier de quelques minutes à 3 mètres et émerger vivant ! Vivant !

 

Oui, mais il y a les requins.

 

Ils sont là tous les trois, alignés comme à la parade, agitant mollement leurs nageoires dans un courant invisible. Ils le regardent. Leurs petits yeux noirs sont fixés sur lui. Ils attendent. Qu'il tente une sortie ou que l'air vienne à lui manquer. Il sait qu'ils ne bougeront pas tant qu'ils ne seront pas certains qu'il est mort. Alors seulement, ils iront rendre compte à leurs maîtres.

Ça a l'air de bien les faire marrer, tiens. On dirait trois petits vieux sur un banc public, trois potes qui tuent le temps en regardant les chasseurs de trésor crever dans les épaves rouillés d'antiques torpilleurs. Léo les entend presque commenter l'action :

- Il a vraiment cru qu'il y arriverait celui-là, hein ?

- Ils le croient tous.

- C'est quoi son nom, déjà ?

- Sais pas.

- Dubois, je crois. La fille l'a hurlé avant de mourir.

- C'est Dubois ou du Bois ?

- C'est du bois dont on fait les cercueils, en tout cas. Hiss, hiss, hiss !

(un requin qui rit fait hiss, hiss, hiss)

- Bon, il y en a encore pour longtemps ?

- Non, il doit être presque à sec.

- J'aimerais bien qu'il tente une petite sortie...

- Ouais.

- Le fera pas. Préfèrera étouffer que de se faire bouffer.

Léo opine. Oui, il préfère. Enfin, il croit...

- Avant, ils tentaient davantage, non ?

- Ouais. Les humains ne sont plus ce qu'ils étaient.

- C'est le déclin de la race, que veux-tu...

- On vit une drôle d'époque.

- Bon, il en a pour longtemps ?

Neuf minutes, très exactement.

Dans neuf minutes, il rejoindra Miss Rich qui flotte dans le bouquet étale de sa chevelure rousse, sous le plafond de la cabine. Pauvre Miss Rich. Le sang a formé une mare inversée autour d'elle. Cela va attirer d'autres requins, à coup sûr.

Léo a envie de secouer le cadavre et de lui demander où est Jésus, à présent, hein ? Elle est où la Providence, maintenant ? Mais il sait ce que Miss Rich lui répondrait. Si Jésus l'a rappelée à Lui, alors que Sa Volonté soit faite, pour les siècles des siècles, amen ! Elle avait toujours réponse à tout, la garce ! Léo sent des larmes lui monter aux yeux. Et il ne peut même pas les essuyer à travers le masque. La vie est mal faite, il l'a toujours pensé. Enfin, cela ne devrait plus lui peser bien longtemps, à présent...

Il a un regard de haine pour le tuyau sectionné du détendeur de Miss Rich. Le précieux gaz de vie s'est échappé en quelques instants...

 

Sept minutes.

 

Tout ça pour ça. Tant de chemin parcouru, tant d'épreuves pour venir mourir dans ces eaux dégueulasses... Léo en hurlerait de dépit. Echouer si près du but. A dix centimètres du plus fabuleux des trésors. Dix petits centimètres d'acier inoxydable.

Miss Rich y avait cru si fort, à ce trésor. Plus que lui-même !

C'est elle qui... il s'en souvient comme si c'était hier... elle qui avait su convaincre ce vieux grigou de Citseko de s'embarquer dans l'aventure avec son vieux Melville. Léo peut apercevoir la coque du navire là-haut, un ovale sombre et fixe sur le gris mouvant de la surface. Et si Citseko s'était avéré pire comme ami que comme ennemi, avec lui du moins on pouvait discuter. Tandis qu'avec les requins...

Les larmes coulent toujours, elles commencent à remplir le masque de Léo. Il souffre, Léo, il enrage. Il a bien envie de nager droit sur les squales pour leur faire un dernier bras d'honneur, majeur levé bien haut. Allez-vous faire mettre, les grands blancs, ha, ha !

 

L'air manque déjà, il le sent. La rage lui mange son dernier souffle.

Léo ferme les yeux. Il se demande s'il verra sa vie défiler sur l'écran intérieur de ses paupières closes.

 

Fondu au noir.

 

Générique de début.  Musique. Rock'n'roll.

 

 

Par feuilleton-impromptu.over-blog.com
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